samedi 23 juillet 2011
Portrait de Pierre BATAILLE
Dans son histoire, la ville ne manque pas de personnages marquants. Invitons-nous à parcourir le labyrinthe de la mémoire locale, à travers le destin de Pierre Bataille, l'un d'entre eux, résistant, et ancien maire socialiste de Grenay.
Fils de Julie Martel et du chef mécanicien Gustave Bataille, Pierre est né le 20 octobre 1896, à Lille. Il fait des études aux écoles Baggiot, puis part pour Grenay en 1920. L'année précédente, il avait épousé Eugénie Caron qui lui donnera 4 enfants : Georges, Robert, Gérard et Denise.
Mobilisé lors de la Première Guerre mondiale, il y est blessé deux fois. Pour son courage, il reçoit la Croix du Combattant, la Croix de guerre avec trois citations, ainsi que la médaille de Verdun et de Dixmude, en Belgique. Employé à la Compagnie des mines de Béthune comme ajusteur-mécanicien, marqué par la Grande Guerre, Pierre devient rapidement l'un des grands défenseurs des anciens combattants républicains. Il les défend si bien qu'il finit responsable à l'échelon départemental de leur fédération nationale. Malgré le temps qu'il consacre à ces survivants des tranchées, il trouve encore le moyen de créer, en 1935, avec l'aide de l'instituteur Derreuder, une section cyclotouriste du cercle scolaire laïque. Jusqu'en 1939, elle est l'une des plus importantes de la région et rassemble de nombreux jeunes.
En 1939, la guerre éclate. À l'issue de la grande grève de mai-juin 1941, le 6 juin, Pierre est arrêté chez lui par les Allemands, au titre de meneur. Déjà assimilé comme tel durant les grèves de 1936, l'occupant trouve en Pierre Bataille une cible toute trouvée. Enfermé le temps de son procès pendant quelques mois à la caserne Kléber, à Lille, Pierre est condamné à trois ans de prison avec sursis.
Libéré, il n'est pas repris par la Compagnie des Mines de Béthune. Dès lors, sa famille et lui vivent une occupation des plus difficiles. Heureusement, ils trouvent sur leur chemin les Hernu qui les hébergent pendant la guerre, les Bataille ayant été expulsés de leur domicile. Sa nature combative, victime de la répression nazie, Pierre entre dans la Résistance. La France libérée, il reprend son travail d'ajusteur et la lutte politique. Conseiller municipal, il devient maire de la commune de 1947 à 1953. C'est le 23 décembre 1982 à Grenay, que Pierre nous a quittés. Médaillé interallié, titulaire des palmes académiques, officier du mérite social, ancien résistant-interné et médaillé du travail, Pierre Bataille est de ces hommes que l'on ne peut oublier.
Article : Grégory Picart
mercredi 8 juin 2011
Portrait de Louise et Marcel BANCOURT
Très peu ont vraiment fait de la résistance. Plus rares encore sont ceux qui l'ont vécue au jour le jour. En hébergeant des évadés russes ou des "illégaux" Louise et Marcel symbolisent ce que l'on peut appeler la "résistance au quotidien".
Louise est née le 20 octobre 1899, à La Bassée. Fille de Louise Bécu et du houilleur Jules Beune, elle a un frère et une sœur. Ayant perdu sa mère très jeune, elle est placée dans un orphelinat jusqu'au jour où son père vient la rechercher. Marcel lui est né le 16 janvier 1897, à Mazingarbe. Fils de Marie Legros et du houilleur Jules Bancourt, il grandit dans une famille de huit enfants. Après la communale des Brebis, il devient chaudronnier à l'atelier de la fosse 1 de Bully-les-Mines. Plus tard, sous l'Occupation, il va travailler aux usines chimiques de Mazingarbe comme chef de poste.
Entre-temps, la Première Guerre mondiale éclate. Mobilisé, combattant notamment à Verdun, Marcel est gazé lors des terribles combats de la Grande Guerre. Hospitalisé, "guéri", il rentre dans ses foyers et reprend son travail. L'ancien poilu gardera toujours un sentiment d'amertume à l'égard des Allemands. Il attendra la revanche, elle viendra plus de vingt ans après...
Le 10 juillet 1920, à Bully-les-Mines, il épouse Louise Beune. De leur union vont naître Marcelle et Jules devenu résistant F.F.I. (Forces françaises de l'intérieur). Le 31 janvier 1950, Marcel décède à Bully- les-Mines. Louise le suivra quelques années plus tard, le 12 novembre 1964, dans la même commune.
En mai-juin 1940, notre région est occupée par l'Allemagne nazie. Quelque temps après, les Bancourt entrent dans la résistance F.T.P.. Également membre de ce qui deviendra l'Union des Femmes françaises (U.F.F.), Louise, agent de liaison, forme son propre groupe de patriotes. Les façons de combattre le nazisme sont fort différentes. Les Bancourt trouveront leur voie. Autodidacte, passionné de tout et en particulier de photographie, Marcel est un allié précieux pour l'armée des ombres. "Un résistant sachant faire et développer des photos, c'était une perle pour nous ", souligne le responsable bullygeois René Playe. Ayant aménagé un petit local à l'étage de sa maison, déjà avant la guerre, Marcel va faire de sa chambre noire le rendez-vous de nombreux secrets de la Résistance. Y développant des photos de famille, il y prépare aussi des clichés pour des fausses cartes d'identité. Résistants, "illégaux", évadés russes, l'ancien poilu prend et développe les photographies la nuit. Malgré le couvre-feu, à vélo, il arrive également que Marcel aille photographier des hommes hébergés dans certaines maisons de patriotes (" Les planques "). De son côté, Louise organise l'accueil et le transit des évadés russes parmi lesquels " Nicolas " et " Paul ". Cachés dans le grenier, les hommes recherchés par la Gestapo connaissent aussi la faim. Malgré des restrictions de plus en plus sévères dont sont victimes les Français de l'époque, Louise s'arrange toutefois pour trouver de quoi nourrir les inconnus.
Engagés à fond dans la lutte, Louise et Marcel font de leur maison, le 279 de la cité Brebis, un lieu de réunions pour des responsables de la Résistance. Réunions qui ne s'éternisent pas pour des raisons de sécurité comme en témoigne René Playe: "Lorsque j'avais une entrevue, notamment avec Louise, nous discutions quelques minutes, puis je reprenais la route, le plus vite possible. " Bien que la prudence s'impose, le facteur chance existe. Pour exemple, cette anecdote. Un jour, on perquisitionne chez les Bancourt. Au même moment, à l'étage, dans la chambre noire de Marcel sèchent des photos d'évadés. Les Allemands fouillent partout. Ils ne trouvent rien. Il y a bien quelques clichés sur le dessus de la cheminée. Probablement des photos de famille auront pensé les Allemands. Louise avouera plus tard : "Je n’ai jamais eu aussi peur de ma vie. "
Rendant hommage à Louise et son mari, René Playe précise : " Quand un résistant faisait un sabotage, il était tranquille quelque temps. Héberger des évadés ou des "illégaux" à l'exemple des Bancourt, c’était risquer sa vie au quotidien.

LOUISE Bancourt et son mari entourant un Russe évadé probablement du camp de Calonne-Liévin. Résistants de la cité Brebis, Bully-les-Mines. En contact avec Jeanne Camus.
Article : Grégory Picart
vendredi 29 avril 2011
Portrait de Julien HAPIOT
Un géant. Le pays est occupé, la France humiliée, pourtant, dans la région et bien au-delà, des femmes et des hommes se lèvent. Ils se lèvent pour ramasser le drapeau de la démocratie et de la liberté tombée dans la fange fasciste. Bien sûr, à leurs côtés, Julien est aux premiers rangs. Portrait de l'un des plus grands résistants du Nord/Pas-de-Calais.
Julien est né le 30 septembre 1913 à Gauchin-le-Gal, dans le Pas-de-Calais. Abandonné, il est placé dans un orphelinat d'Arras. Adopté par Lucine Gaigneur et Alfred Bretel, Julien habite avec ses frères adoptifs Augustin et Simon, à la cité Maroc de Grenay. Après l'école du 5, où il obtient son certificat d'études, il devient mineur de fond à la fosse 5. Membre de la C.G.T.U., il adhère aux Jeunesses Communistes (J.C.).
Après avoir pris une part active à la grande grève de 1936, il s'engage dans les Brigades Internationales afin de lutter contre les fascistes espagnols. Nommé lieutenant de la brigade " La Marseillaise ", Julien est gravement blessé au pied et au poumon. Revenu dans le Pas-de-Calais en 1938, il s'installe à la cité Maroc. Secrétaire de la section liévinoise de l'Amicale des Volontaires en Espagne républicaine, il entre au bureau régional des J.C. et collabore au journal " L'Enchaîné ". Lorsque la France entre en guerre, Julien n'est pas mobilisé en raison de ses blessures. Au début du conflit, il échappe à la répression anticommuniste, n'exerçant pas de fonction d'élu.
Pendant la " drôle de guerre ", avec quelques-uns de ses amis, il joue un rôle important en faveur de la reformation du Parti communiste dans le Bassin minier.
A l'époque, le parti condamné à la clandestinité, est affaibli par les arrestations et les défections. A partir de l'été 1940, sous l'Occupation, une seconde structure clandestine se met en place. Dans notre département, Julien fait partie du noyau de quelques-uns des dirigeants. Chargé du recrutement des J.C., le résistant a la lourde tâche de créer avec ses compagnons, l'Organisation Spéciale (O.S.) dans le Pas-de-Calais. C'est de là que naîtront les fameux francs- tireurs et partisans français. Pour cette action, Julien notamment est soutenu à la cité 5 par ses amis Marceau Tilloy, ainsi qu’Eugène et Pierre Verhaeghe.
Après avoir été l'une des grandes figures avec entre autres Charles Debarge et Michel Brûlé de la grève des mineurs de mai-juin 1941, Julien est obligé d'entrer dans la clandestinité. Dès lors, il se fait appeler " Roger ". Recherché activement, il devient responsable politique (" P ") du département jusqu'au début de l'année 1942. Entré au Comité national des J.C., il a pour but d'assurer les liaisons avec les régions et inter-régions. Arrêté en 1943 à la gare de Blois par la Gestapo, il est transféré à Paris pour y être interrogé et torturé. Paris, Béthune, Cuinchy, puis la prison Saint-Nicaise d'Arras, l'occupant devine son rôle fondamental dans la Résistance, sans pourtant découvrir ses fonctions exactes. Le 13 septembre 1943, condamné, cet homme exceptionnel s'apprête à mourir. Mourir ? Qu'importe ! Parce que si pour lui le soleil va se coucher à jamais sur les fossés de la citadelle d'Arras, cet humaniste sait que les combattants de l'ombre poursuivent le combat, que demain, il y aura toujours quelqu'un pour lutter contre le nazisme...
Article Grégory Picart
mercredi 27 avril 2011
Portrait d’Edouard VANDOORNE
Edouard Vandoorne, par son exemple, et l'un de ceux qui offre à chacun de nous une raison de croire au courage. Un courage à graver dans toutes mémoires.
Né le 11 juillet 1923 à Vermelles, Edouard est le fils d'Elise Buriez et du jardinier et mineur Louis Vandoorne. Il passe les premières années de sa vie à Vermelles, puis part aux côtés de ses parents à Viroflay (près de Paris) où il obtient son certificat d'études, avant de devenir jardinier puis soudeur électrique. En 1942, Edouard revient à Mazingarbe afin de ne pas avoir à travailler en Allemagne pour les nazis dans le cadre du S.T.O. (Service du Travail Obligatoire).
Mineur trois mois, il est ensuite embauché à l'usine de Mazingarbe comme soudeur jusqu'au 10 juin 1944, date au moment de laquelle il part pour le maquis des Ardennes. Entré dans la résistance F.T.P. en janvier 1943 sur l'insistance de Roland Canon, le jeune capitaine de la future 5e Compagnie ET.P., le lieutenant Vandoorne devient responsable du groupe Vermelles-Mazingarbe.
Au cours de l'année 1943, aidé de ses compagnons, " Joseph Malas " sabote en août des câbles électriques de la Centrale de Bully-les-Mines, participe au déraillement du train Saint-Pol/Lens, en octobre, et détruit quatre pylônes de haute tension en janvier 1944. Poursuivant, le 1er mai 1944, il s'arrange pour détruire, à la grande colère de l'occupant, les machines d'extractions de la Fosse 6 du groupe des Mines de Béthune qui ferme durant quinze jours. Le lendemain il termine par un sabotage de la Fosse 4 de Béthune !
Après son départ pour le maquis des Ardennes avec sa compagne Pascaline et quelques-uns de ses amis, " Edmond " est arrêté le 28 juin 1944 à Aizecourt-le-Bas (dans la Somme), après plusieurs heures de combat. Emmené à la prison de Loos-lez-Lille, il est déporté en Allemagne le 1er septembre 1944 au camp de concentration d’Oranienburg-Sachsenhausen, près de Berlin.
Libéré le 22 avril 1945, il rentre en France en juin de la même année. Après la Libération, le 16 mars 1946, il épouse Pascaline Rochelet à Souchez. Bien que très affaibli par le régime concentrationnaire dont il est l'un des rares survivants, Edouard reprend son travail à Mazingarbe, avant d'entrer à la Coopérative Centrale du Pays Minier (C.C.P.M.) de 1951 à 1971 comme gérant.
En 1971, une crise cardiaque l'oblige à cesser le travail en attendant une Légion d'honneur qu'il obtient sept ans plus tard. Outre son travail, ce survivant des camps a été, de plus, secrétaire départemental pendant près de vingt ans de l'Association Nationale des Anciens Combattants de la Résistance (ANACR).
Titulaires des croix du combattant volontaires pour la Résistance, de celle du combattant et de la médaille de la Déportation et de l'Internement pour fait de Résistance, celui, pour qui le courage était plus qu'un devoir nous a quittés le 20 mars 1982 à Lens.
Portrait de Pascaline VANDOORNE
Pascaline VANDOORNE « Mascotte »
Titulaires des médailles commémoratives de la guerre 39-45, d'engagée volontaire et du combattant, cette ancienne résistante n'a que 18 ans lorsqu'elle prend part à la lutte contre le nazisme aux côtés de son fiancé et futur époux Edouard.
Née à Rouvroy le 23 janvier 1925, Pascaline est la fille unique de la coiffeuse Isabelle Fournier et du cordonnier Fernand Rochelet. A 4 ans, elle quitte sa ville natale pour le 3 de Mazingarbe, avant son départ pour Montluçon, dans l'Allier, où l'élève jusqu'à ses 12 ans sa grand-mère paternelle, Marie Rochelet. De retour dans la région, elle fréquente l'école laïque de Bully-les-Mines pour y obtenir le certificat d'études. Sensible à la coiffure, elle en fait son métier qu'elle exercera jusqu'en 1951.
Un père assassiné
Le 17 juin 1941 est pour elle une date aussi funeste que symbolique. Ce jour-là, Fernand Rochelet est abattu sans sommation d'une balle dans le dos par l'occupant nazi. Son seul " crime ", passer la ligne de démarcation dans le souci de revoir sa mère, avec en poche des lettres et documents jugés nuisibles par l'occupant. Marquée par le meurtre de son père, afin de traduire sa révolte, Pascaline, 16 ans, fait ses premières armes de " résistante ", aidée d'une amie, en " semant " le long des routes des coupures de papiers sur lesquelles on peut lire : " Vive de Gaulle ".
En hiver 1943, devenue agent de liaison dans la Résistance, " Mascotte " a pour rôle de transporter à vélo des armes et des tracts. " Enroulés, nous cachions les tracts dans les guidons de vélo (...) nous utilisions des voitures de poupées comme dépôts d'armes
Ces armes, que les résistants récupèrent au risque de leur vie sont d'autant plus rares que la future 5e compagnie, un groupe de F.T.P. (Francs-Tireurs et Partisans) commandée par le jeune Roland Canon et auquel appartient Pascaline, se voit interdire leur parachutage contrairement à d'autres réseaux.
Les Ardennes
Le 10 juin 1944, accompagnée de son fiancé, de Roland Canon, de Pierre Brixy et d'Edouard Levisse, deux illégaux dont la tête est mise à prix, Pascaline a pour ordre de rejoindre le maquis des Ardennes.
Après une brève halte au bois d'Hermies (à la frontière du Pas-de- Calais et de la Somme), son groupe arrive le 28 juin 1944 à Aizecourt- le-Bas, un village de Picardie. Le jour même, après un difficile et pénible combat au cours duquel elle est blessée, Pascaline est arrêtée par les Allemands. L'ordre d'origine inconnue a le goût amer du piège.
Emmenée à la prison douaisienne de Cuincy, frappée à coups de nerf de bœuf au cours de son interrogatoire, on la transfère à Loos-lez- Lille d'où elle est libérée le 1er septembre 1944. Tenace, "Mascotte" s'engage dans la future 5e Compagnie. Pourtant, bien malgré elle, elle ne peut partir combattre en Allemagne, sa santé ne le lui permettant pas.
La guerre terminée, elle reprend son travail chez sa mère, et se marie le 16 mars 1946 à Souchez pour donner naissance à Hervé, Pascale et Philippe.
Chaque année, Pascaline Vandoorne, figure bien connue à Grenay, se déplace à Azecourt-le-Bas, un village de la Somme, afin de participer à la cérémonie organisée en mémoire aux résistants morts au combat. (La voix du Nord)
Résistante internée et épouse d'un déporté, elle témoigne (Nord Eclair)
Article Grégory Picart
La résistance, Grenay et alentours
Nous proposerons au fil des jours, le portrait de résistants et victimes du nazisme de Grenay et alentours, d'après " Les citoyens de la liberté " de Grégory Picart, édité par l’association Les amis de la Résistance Roland-Canon de Grenay.
(Le livre est malheureusement épuisé, sauf dans quelques rares bibliothèques)
Sans vouloir faire un cours d'Histoire, remettons-nous dans le contexte de l'époque pour comprendre. ..
La Deuxième Guerre mondiale
Le 1er septembre 1939, l'Allemagne nazie envahit la Pologne. Deux jours plus tard, la France déclare la guerre aux Allemands. Les Français sont mobilisés. À l'issue de la " Drôle de guerre " (1939/1940), en quelques mois, ce sont plus de 100 000 hommes qui y trouvent la mort. Aux victimes vont s'ajouter plus d'un million et demi de soldats emprisonnés en Allemagne.
Le 27 mai 1940, et au cours des jours qui vont suivre, plus de 300 000 Français et Anglais sont évacués vers l'Angleterre. C'est "l'opération dynamo ". Enfermés dans " la poche de Dunkerque ", les Alliés qui résistent encore, tentent d'échapper à l'ennemi déjà maître de la quasi-totalité du Nord/Pas-de-Calais.
Le 14 mai 1940, les troupes allemandes entrent dans Paris. Trois jours plus tard, Philippe Pétain demande l'armistice. Il est signé à Rethondes, le 22 juin.
Si la France a perdu la guerre, l'ensemble de la Résistance, elle, n'attend que de voir le jour. Le 18 juin 1940, à Londres, sur les ondes de la B.B.C., le général de Gaulle appelle à poursuivre la lutte. Presque inconnu, ce jeune officier général conclut dans son message : " quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance ne doit pas s 'éteindre et ne s'éteindra pas... " Forces Françaises de l'intérieur et Forces Françaises libres adopteront ce 18 juin comme la date de naissance officielle de l'ensemble de la Résistance.
En mai-juin 1940, le Nord/Pas-de-Calais est le théâtre de combats violents et meurtriers. Au cœur des villes s'accumulent des ruines.
À l'exemple de la Première Guerre mondiale, les habitants de la région espèrent qu'un front va se stabiliser dans le Nord. Dès lors, ils quittent leurs foyers. C'est l'exode. Désemparée, la population marche vers le Sud. Notre pays en parti occupé, mais sous totale domination nazie, l'estomac vide, les milliers de personnes ayant fui finissent par regagner leurs foyers. Vingt-six ans après, les gens du Nord sont condamnés à revivre l'occupation allemande. Elle sera plus pénible encore que celle de la Grande Guerre.
Dans le Nord/Pas-de-Calais, l'entrée des nazis ne se fait pas sans douleur. À Aubigny-en-Artois, à Courrières, à Oignies notamment, les massacres se multiplient. Dès le début, l'occupant fait régner la terreur. En quelques jours, plus de 600 civils et prisonniers sont assassinés et de nombreux otages seront par la suite envoyés en Allemagne.
" Zone interdite "
Parce qu'ils décident de poursuivre la guerre contre l'Angleterre qu'ils veulent envahir (" opération Otarie "), les nazis décrètent " Zone interdite " le Nord/Pas-de-Calais, la région la plus proche de la Grande-Bretagne. Limitée au nord par la frontière belge, elle s'achève au sud par la ligne de la Somme. Notre région, une partie de la Somme et de l'Aisne sont coupées du reste de la France. La ligne de la Somme devient une véritable frontière strictement surveillée. La région côtière de Dunkerque, Calais, et Boulogne est-elle appelée " Zone rouge Isolée, considérée comme un protectorat allemand, la " Zone interdite " est rattachée à l'OFK 670 de Bruxelles (Commandement militaire allemand).
Un quotidien difficile
Au cours de l'été et de l'automne 1940, les conditions de vie des populations du Nord et du Pas-de-Calais se dégradent très vite. Isolée du reste de la France, la " Zone interdite " est riche, mais les récoltes de l'été et de l'automne 1940 sont mauvaises. De nombreux exploitants ont été mobilisés. Leur absence a gêné les travaux agricoles. De plus, les réquisitions allemandes et les ponctions pour nourrir les nombreuses troupes d'occupation amputent sévèrement la récolte. La région s'enfonce dans un quotidien dont les difficultés s'accentueront tout au long d'une occupation qui, en France, y sera probablement la plus pénible qui soit.
Les débuts de la Résistance
En juin 1940, lors de la débâcle, des habitants cachent et hébergent des soldats français et anglais. Ils leur évitent ainsi d'être capturés. Leur fournissant des habits civils, ils les aident à quitter la douloureuse " Zone interdite ".
Profitant du désordre général, convaincus qu'un autre combat s'annonce, de futurs résistants s'y préparent en récupérant et en stockant des armes abandonnées par les troupes françaises et anglaises.
Si la quasi-totalité de la population a appris l'armistice avec soulagement, les gens du Nord gardent le douloureux souvenir des massacres de la Première Guerre mondiale. Dans la population assommée par la défaite, des hommes et des femmes trouvent toutefois la force de réagir et d'agir dans une région où un profond sentiment antiallemand s'était affirmé après la Première Guerre mondiale.
La grève de mai-juin 1941
Déclenchée le 27 mai 1941, au puits dit du " Dahomey ", à Montigny-en-Gohelle, la grève des mineurs de mai-juin 1941 s'étend dans toute la région. Lors de cet événement, organisées en " comités féminins ", les femmes vont jouer un rôle fondamental. Elles participent entre autres aux piquets de grève. Au sein de la Résistance, on les retrouve également au service des liaisons qu'elles assurent presque exclusivement. Les femmes à leurs côtés au moins aussi courageuses que les hommes, 100 000 mineurs de la région prennent part à cet événement qui sera essentiel en faveur du développement des " milieux de l'ombre ".
À l'issue de ce vaste mouvement de résistance, des hommes et des femmes subissent la terrible répression nazie. Prisons de Loos, Béthune, Cuinchy-Douai, le nombre important d'arrestations obligent les Allemands à transformer en camp d'internement notamment la caserne Kléber à Lille. 450 personnes sont arrêtées dont environ 250 mineurs. Transférés vers la mi-juin à la citadelle de Huy, en Belgique, ces derniers sont envoyés un mois plus tard au camp de concentration d'Oranienburg-Sachenhausen. Ils sont les premiers Français déportés dans les camps. Explosion pour une part spontanée, la grève est également la conséquence d'un profond mécontentement des mineurs. Leurs conditions de vie et de travail sont terribles. C'est la grève pour le pain, le savon, pour de meilleurs salaires. Mise en place par le parti communiste clandestin, soutenue par les gaullistes et les socialistes, revendicative, elle a pris une dimension patriotique dans notre pays.
La Résistance se développe
Peu à peu la Résistance s'intensifie. On se groupe entre amis sûrs, on cherche " à faire quelque chose ".
En 1941, le parti communiste appelle à la formation d'un " Front de lutte pour l'indépendance de la France Au-delà de toutes sensibilités politiques, cette structure préconise le regroupement de " tous les Français de bonne volonté en dehors des "capitulards" et des traîtres.
Le 22 juin 1941, l'Allemagne nazie envahit l'U.R.S.S.. C'est "l'opération Barbarossa". L'entrée en guerre de l'U.R.S.S. provoque le départ de nombreuses troupes. Le danger n'en reste pas moins présent. Pour les combattants, la répression est d'autant plus difficile.
Poursuivant la lutte armée, l'organisation spéciale (O.S.) finit par donner naissance en avril 1942 aux Francs-tireurs et partisans français.
Dans la région, le combat de la Résistance intérieure n'apparaît pas sous forme de maquis, cet aspect étant impossible à organiser dans une région fortement urbanisée. La lutte dans le Nord/Pas-de-Calais prend plutôt la forme de groupes d'action qui vont engager la guerre de sabotage.
Dans une région exploitée par l'occupant (les mines, l'acier, et la métallurgie), la résistance armée s'efforce de mener une "bataille de la non-production".
Pourtant, si la lutte armée représente une part importante de la Résistance intérieure, elle n'est pas la seule façon de combattre.
Les " milieux de l'ombre ", ce sont aussi ceux des réseaux de renseignements. Le renseignement est d'une importance capitale dans une région possédant un grand potentiel économique. Essentiel également parce que l'ennemi y accumule les troupes et les moyens de défense, et où la proximité des côtes de l'Angleterre groupe l'artillerie à longue portée, les aérodromes, puis les bases de lancement de bombes volantes (VI et V2).
Les F.T.P., et puis les autres
En avril 1941 sort à Lille, le premier numéro de la " Voix du Nord Le journal est fondé par le démocrate-chrétien Natalis Dumez et le socialiste Jules Noutour. Dès sa parution, un mouvement de résistance se mettra en place.
Fondé à Paris au printemps 1942, Libération-Nord est animé par d'anciens dirigeants de la section française de l'internationale ouvrière. Dans le Pas-de-Calais, en août 1940, les dirigeants cégétistes et ceux du parti socialiste restés fidèles à leur conviction se rallient à Lens au C.A.S. (Comité d'action socialiste). En 1943, pour " Libération Nord ", des sections paramilitaires sont organisées dans les secteurs miniers, à Arras, et sur le littoral.
La Résistance étrangère
Dans la résistance polonaise, deux courants se développent. L'un est lié au gouvernement polonais en exil à Londres. L'autre se rapproche du mouvement ouvrier français. Le premier donne naissance à l'organisation polonaise de lutte pour l'indépendance, le P.O.W.N..
Animé par les communistes polonais, l'autre courant se retrouve dans la M.O.I. (main d'œuvre immigrée). Ce sont les F.T.P. MOI.
D'autres étrangers lutteront pour le sol français (Belges, Italo- Yougoslaves...).
Vaincre et s'unir
Après l'entrée en guerre des États-Unis d'Amérique en décembre 1941, et suite à la victoire de l'Armée rouge, à Stalingrad, en 1943, les Français croient de plus en plus en la victoire contre l'Allemagne nazie et le gouvernement collaborateur fasciste de Vichy.
Tous les espoirs sont permis. Pourtant, le combat n'est pas encore terminé. La Résistance s'unit, elle s'ouvre à tous les hommes et les femmes de bonne volonté. Bien au-delà des communistes, l'organisation paramilitaire des F.T.P. recrute tous les patriotes prêts à combattre. Pour ceux qui veulent participer à la lutte, il y a tout une série d'actions accessibles à chacun selon ses compétences, sa situation, et ses aptitudes.
Pour vaincre la " bête immonde plus que jamais, il faut s'unir. Le 27 mai 1943, le conseil national de la Résistance (C.N.R.) se réunit pour la première fois à Paris. Véritable gouvernement de la Résistance intérieure sous la responsabilité de Jean Moulin, son but est de tenter d'unir les forces des différents mouvements et réseaux.
La même année, les C.D.L. (Comités départementaux de Libération) sont mis en place. Réplique du C.N.R. à l'échelon départemental, ils sont placés sous son autorité. Plus tard viendront les comités locaux, qui auront pour tâche de coordonner l'action de la Résistance dans les communes.
La Libération
Sur les ondes de la B.B.C., des "messages personnels" ont annoncé l'imminence du débarquement.
Le 4 juin 1944, le pré-message " les sanglots longs des violons de l'automne " passe sur les ondes. Le 5 juin, le deuxième vers de Verlaine complète la citation : " blessent mon cœur d'une langueur monotone ". Le 6 juin 1944, les Alliés débarquent sur les plages normandes.
Dès lors, on assiste à une véritable mobilisation de la Résistance. Les F.T.P. reçoivent des milliers de volontaires qui s'organisent en compagnie et en bataillon selon une structure militaire. Quelques mois auparavant, les Forces françaises de l'intérieur (F.F.I.) étaient créées. Elles vont regrouper les formations militaires des différents mouvements de Résistance.
Le 22 août 1944, la grève insurrectionnelle éclate. Sur le plan militaire, la Libération de notre région va se concrétiser par l'extrême rapidité de l'avancée alliée. Du 1er au 5 septembre 1944, le Nord et le Pas-de-Calais vont être libérés, à l'exception de Dunkerque où les Allemands vont résister, la ville n'étant délivrée qu'en mai 1945.
L'action de la Résistance jouera beaucoup en faveur de la libération de notre région.
La fin de la guerre
Le 25 août 1944, Paris est libéré. Les Alliés poursuivent la lutte, mais les nazis n'ont pas encore capitulé. Dans les Ardennes, l'Allemagne contre-attaque. Pour un temps seulement...
Bientôt, le monde va découvrir l'incroyable : l'horreur des camps nazis.
Le IIIe Reich qui devait durer mille ans s'effondre. Le 8 mai 1945, l'Allemagne signe l'acte de capitulation, à Reims.
La guerre terminée, le monde retrouve le sourire. Pourtant, profondément marqués, les femmes et les hommes de notre pays doivent poursuivre un nouveau combat, celui de l'après-guerre.
Une région meurtrie
Au cours du printemps 1940, sous l'Occupation, et lors des combats de la Libération, beaucoup d'hommes et de femmes du Nord/Pas-de-Calais vont connaître la mort et la douleur. Dans le Pas-de-Calais, plus de 5 000 personnes seront internées, dont 465 fusillés, morts sous la torture, ou abattus sur place. Le département totalise près de 3 000 déportés parmi lesquels la moitié sont morts dans les camps de concentration. Au moment de la Libération, environ 300 membres des Forces Françaises de l'intérieur sont tués au cours des combats. Un bilan humain terrible pour les soldats sans uniforme du Pas-de-Calais...
(d'après " Ami, entends-tu ? de Jacques Estager)
Article Grégory Picart

























